(ENG_ESP_FR) La richesse de nos différences – Témoignage d’adoption internationale

Article paru dans le bulletin de juin 2012 de l’ONG Service Social International, Centre International de Référence pour les droits de l’enfant privé de famille (SSI / CIR)

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Dans cet article, Joachim Forget, médecin, issu lui-même de ladoption internationale, sest appliqué à nous décrire la perception de la différence par lenfant adopté, et comment ce vécu peut être valorisé, à condition dêtre vigilant à se désengager d’une vision de ladoption comme un problème cause de troubles identitaires plutôt quune chance offerte à un enfant de grandir dans une famille.

Biographie express

         Je suis né en Corée du Sud le 15 avril 1983 sous le nom de Kim Jae Duk. J’ai été abandonné dans les rues de Séoul à l’âge de 3 mois, placé à l’orphelinat puis au sein d’une famille d’accueil pour être finalement adopté à l’âge de 9 mois par une famille française. Mon cas fut similaire à celui de nombreux autres enfants adoptés depuis la Corée du Sud en Europe et en Suisse dans les années 1970-1980.

La confrontation à son identité, une étape contrainte par la mise en exergue de la différence

         Être adopté dans un milieu de vie favorable et en bonne santé est une chance. On ne le dira jamais assez bien, jamais assez fort. L’enfant issu de l’adoption internationale le réalise souvent tardivement et difficilement. Il vit ontologiquement une sorte de dissociation personnelle, tout au moins celle qu’on lui prête ou qu’on lui suggère, car il est issu de ce qu’il est commun de dénommer ‘la diversité’. Il grandit ainsi conditionné au fait qu’il serait un peu dissemblable au groupe, et on le lui rappelle régulièrement, malgré l’inexistence patente du fossé culturel.

         La problématique n’est pas totalement similaire à celle des enfants d’immigrés: ceux-ci peuvent faire valoir un double bagage culturel, une image identitaire issue du milieu familial, concrétisée parfois par une fierté nationale refuge ou l’unité linguistique. L’enfant adopté n’a pour culture que celle qu’il reçoit de ses nouveaux parents. Même dans les cas d’adoption tardives, il est commun d’observer un rapide remplacement de la langue maternelle par celle du nouvel environnement linguistique, comme l’attestent les travaux scientifiques réalisés en neuroimagerie cognitive (Pallier et al, Brain imaging of language plasticity: can a second language replace the first? Cerebral Cortex, 2003, 13, 155-161).

         Néanmoins la différence visuelle pour l’autre demeure présente et les questions commencent très tôt dans les cours d’écoles : « D’où viens-tu ? », « Est-ce que tu es chinois ? ». Convaincu d’être un bon français, j’ai, pour ma part, souvent oublié mon visage asiatique à défaut d’un miroir de salle de bains ou d’ascenseur pour me le rappeler. Une amie adoptée du Laos par une famille franco-croate m’a récemment réfléchi la même anecdote, et nous avons pu nous amuser d’une bonne dizaine de variations sur le même thème issues d’autres amis adoptés d’Asie ou d’Afrique. Ainsi, la confrontation à la différence contraint à devoir se justifier et à livrer l’intimité d’un passé venu d’ailleurs, et toutes les idiosyncrasies de nos vies singulières.

« Être adopté »: l’idée reçue du troubleidentitaire, attention danger !

         Beaucoup a éjà été écrit sur l’adoption, et ces textes parlent souvent de personnes en souffrance. Celle-ci existe indéniablement. Je souhaite néanmoins apporter un message plus nuancé et profondément positif sur l’adoption, en mettant en garde contre une « pathologisation » abusive de l’identité de l’enfant adopté.

         Rappelons-nous l’exemple : « Je ne me sens pas différent, mais on me rappelle incessamment que je le serais ». Tout se joue là. La discrimination réalisée, qu’elle soit négative (« Sale chintok ! ») comme positive (« Qu’ils sont beaux ces enfants asiatiques ! »), met en exergue une différence ethnique dapparence – aussi belle puisse-t-elle être, celle d’un faciès asiatique ou africain au milieu de visages caucasiens.       L’étiquette identitaire « adopté » propose une explication tentante à tous les problèmes identitaires. C’est un vrai danger, et des interprétations pseudo-psychanalytiques sont faciles à émettre et à entendre, menaçant d’inscrire la personne adoptée dans une sorte de conditionnement aboutissant parfois à une (auto-) culpabilisation à outrance. En matière d’interactions sociales, on verra ainsi émerger des pensées introspectives ou des conseils amicaux du type « Je suis abandonnique, c’est pour cela que je m’attache trop » ou inversement « Tu es adopté, c’est pour cela que tu as peur de t’attacher et de t’engager tu sais. » Il est toujours possible de trouver une hypothèse plausible où l’adoption sera la coupable désignée à une difficulté de l’existence. Ce mode de raisonnement peut vite devenir le prétexte à montrer du doigt ce qui a été de manière factuelle un beau cadeau, celui d’une vie meilleure qu’en institution ou dans la rue, l’accès à une éducation et à un foyer.

         Au fond, nous avons tous vécu, adoptés ou non, des évolutions tapageuses de notre personnalité, une crise d’adolescence, des conflits parentaux, des chagrins d’amour. Qui ne s’est jamais demandé dans l’enfance si ses parents étaient véritablement ses vrais parents? Les crises existentielles ne sont pas réservées aux adoptés. Il s’agit là de problèmes émotionnels d’humains, riches en complexité et en similitudes, indépendamment des origines et de la culture.

Savoir minimiser et valoriser la différence à la fois

Le positionnement du parent adoptif est délicat, et comme pour tout parent, l’apprentissage par essais-erreurs est une régularité, pour trouver le juste équilibre entre stigmatiser et mettre en valeur la singularité de cette identité double-face. Mon petit garçon eurasien vit à son tour aujourd’hui l’étape de la cour d’école, où il vient d’apprendre qu’il serait « un chinois ».

         Que faire ? De son mieux, car il n’y pas de secret à la parentalité. Les parents adoptifs ont traversé des étapes, ô combien douloureuses et successions d’impatiences déçues, avant de mener à bien leur projet d’enfant. Parents, donnez avec amour ce que vous saurez apprendre de votre rôle au contact de l’enfant que vous aurez accueilli dans votre foyer, en étant vigilant aux vicissitudes de ces emphases ou négligences de la différence, afin que votre enfant sache se construire une identité entière et unique, la sienne. Lors d’une interview télévisée, le claveciniste de génie Scott Ross, ayant enregistré l’intégrale des 555 Sonates de Domenico Scarlatti a déclaré : « J’ai une qualité ou un vice, la persévérance, chose à ne pas confondre avec la patience.(…) Je n’ai aucune patience pour quoique ce soit. » Vous, parents adoptifs, avez été probablement impatients d’accueillir votre enfant ; mais ensuite, faire grandir un enfant – adopté ou non, grandir et s’épanouir – en étant adopté ou non, requiert beaucoup de persévérance, afin de parvenir à faire se réconcilier les différentes facettes d’une identité riche de diversité. Il s’agit d’une dynamique nécessitant la rigueur du contrepoint, la justesse des harmonies, la résolution des dissonances, ainsi que la légèreté lyrique et ornementée d’une invention à trois voix de Johann Sebastian Bach. Avec sa beauté mystique et sa part d’improvisation et de spontanéité bien sûr.

The wealth of our differences – the story of an intercountry adoption

Monthly Review June 2012 – International Social Service – International Reference Centre for the Rights of Children Deprived of their Family (ISS / IRC)

Joachim Forget, a Doctor, who, himself, comes from intercountry adoption, shares with us his perception of the difference experienced by any adopted child. He shows us how this experience may be given value, if adoption is considered as a chance offered to a child to live in a family.

 ‘I was born in South Korea on 15 April 1983 and named Kim Jae Duk. I was abandoned on the streets of Seoul when I was three months old, placed in an orphanage and then with a foster family, before being adopted by a French family when I was nine months old. My case was similar to that of many other adopted children from South Korea to Europe and Switzerland in the 1970s-1980s

To confront one’s identity, a stage restricted by an emphasis on the difference

To be adopted in a favourable living environment and in good health is a chance. We will never say it enough. A child, who comes from intercountry adoption, often realises this rather belatedly and with difficulties. He lives ontologically some sort of personal dissociation, at least the one he is being attributed or suggested, given that he comes from what is commonly called ‘diversity’. He therefore grows up being conditioned to the fact that he should be different to some extent from the group, and he is steadily remembered of this, despite the obvious non-existence of the cultural gap. The issue is not completely similar to that of immigrant children: the latter may assert double cultural qualifications, an identity picture that comes from their family environment. As for the adopted child, he only has the culture, which he receives from his new parents. Even in cases of late adoptions, it is common to notice a prompt replacement of the mother tongue by that of the new linguistic environment, as evidenced by the scientific works in cognitive neuroimaging1.

However, the visual difference for the other remains present and questions arise very early on school playgrounds: ‘Where are you from?’, ‘Are you Chinese?’. As for me, convinced of being a good French citizen, I often forgot my Asian face, failing a bathroom or lift mirror to remind me of it.

Thus, confronting the difference compels to having to justify oneself and to sharing the privacy of a past that comes from elsewhere.

‘To be adopted’: The preconception of the ‘identity’ disorder, careful danger!

Many works on adoption mention people, who suffer. I, however, wish to bring a more moderated and deeply positive message on adoption, by warning against excessive pathologisation of the adopted child’s identity. Let us recall the example: ‘I do not feel different, but I am constantly being reminded that I am’. Everything is at stake here. The discrimination that is carried out, whether negative or positive, evidences an ethnic difference based on appearance – as beautiful as it may be, that of Asian or African features among Caucasian faces. The identity label ‘adoptee’ offers a tempting explanation to all identity problems. It is a true danger, and so-called psycho-analytical interpretations are easy to express and hear, thereby threatening to place this adopted person in some sort of conditioning, which results sometimes in an excessive feeling of (self) guilt. With regards to social interactions, we will also witness how introspective thoughts and friendly advice arise, such as ‘I am abandonic, that is why I become attached’ or, the opposite, ‘You are adopted, that is why you are scared of becoming attached and of committing, you know’. It is always possible to find a plausible hypothesis, in which adoption will be blamed for some difficulty in one’s existence. This way of thinking may soon become the excuse to point out what has been, de facto, a nice gift: that of a better life than in an institution or on the streets.

Deep down, we have all – adopted or not – experienced some shocking developments in our personality, an adolescent crisis, parental conflicts, an unhappy love story. Who has never asked himself during childhood whether his parents were really his true parents? These are the emotional problems of humans, rich in complexity and similarity, irrespective of the background and the culture.

To know how to minimise and recognise the value of difference at the same time

The positioning of the adoptive parent is delicate, as it is for any parent; learning on a trial-mistake basis is consistent, in order to find a fair balance between stigmatising and recognising the value of the uniqueness of this double-faced identity.

What should be done? The best we can, as there is no secret to parenthood. Adoptive parents have experienced, oh how painful, stages, before completing their adoption project. Parents, give us with love what you will know how to learn from your role in contact with the child you will have welcomed into your home. Be aware of the vicissitudes of these emphasis or neglects of the difference, in order for your child to know how to build a full and unique identity, his identity. You, adoptive parents, are probably impatient to welcome your child; but then, to have a child grow up – whether adopted or not – requires a lot of perseverance, in order to manage to reconcile the different aspects of an identity full of diversity. These are dynamics, which require the strictness of counterpoint, the accuracy of harmonies, the resolution of disharmonies, as well as the lyrical and decorated lightness of an invention for three voices of Johann Sebastian Bach. With its mystic beauty and its part of spontaneity, of course.’

1 Pallier et al, ‘Brain imaging of language plasticity in adopted adults: can a second language replace the first?’ Cerebral Cortex, 2003, 13, 155-161.

 

La riqueza de nuestras diferencias – Testimonio de adopción internacional

 

Boletín Mensual Junio 2012 – Servicio Social Internacional – Centro Internacional de Referencia para los Derechos del Niño Privado de Familia (SSI / CIR)
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Joachim Forget, médico, él mismo proveniente de la adopción internacional, nos comparte su percepción de la diferencia vivida por todo niño adoptado. Nos enseña cómo esta experiencia puede valorarse, con la condición de ver en la adopción una oportunidad brindada a un niño de crecer en una familia.
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« Nací en Corea del Sur el 15 de abril de 1983 con el nombre de Kim Jae Duk. Me abandonaron en las calles de Seúl a los tres meses de edad, acogido en un orfanato y luego en una familia de acogida, para finalmente ser adoptado con nueve meses por una familia francesa. Mi caso es similar al de muchos otros niños provenientes de Corea del Sur adoptados en los años 1970-1980 en Europa y en Suiza.

La confrontación a su identidad, una etapa restringida por la puesta en relieve de la diferencia

Ser adoptado en un entorno de vida favorable y en buena salud es una oportunidad. Nunca se dirá suficientemente. El niño proveniente de la adopción internacional lo percibe a menudo tardíamente y dificilmente. Vive ontológicamente una forma de disociación personal, al menos aquella que le prestan o le sugieren, dado que proviene de lo que comunmente se denomina « la diversidad ». Crece así condicionado al hecho que sería un poco diferente del grupo, y se lo recuerdan frecuentemente, a pesar de la inexistencia evidente del abismo cultural. La problemática no es completamente similar a la de los niños inmigrados: estos pueden alegar un doble bagaje cultural, una imagen de identidad proveniente del entorno familiar. El niño adoptado tiene como única cultura aquella recibida de sus nuevos padres. Incluso en las adopciones tardías, es común observar una sustitución rápida del idioma materno por el del nuevo entorno lingüístico, como lo demuestran los trabajos científicos en neuro-imaginería cognitiva1.

Sin embargo, la diferencia visual para el otro sigue presente y las preguntas empiezan muy temprano en las escuelas: « ¿De dónde eres? », « ¿Eres chino? ». Convencido de ser un buen francés, por mi parte, frecuentemente me olvidaba de mi cara asiática a falta de espejo de baño o de elevador para recordármelo.

Así, la confrontación con la diferencia se limita a tener que justificarse y a confiar la intimidad de un pasado proveniente de otra parte.

« Ser adoptado »: La idea preconcebida del trastorno « identitario », ¡cuidado peligro!

Muchos de los trabajos escritos sobre la adopción hablan de personas que sufren. Deseo, sin embargo, aportar un mensaje más matizado y profundamente positivo sobre la adopción, al advertir contra una « patologización » abusiva de la identidad del niño adoptado. Recordemos el ejemplo: « No me siento diferente, pero sin cesar me recuerdan que así deberá ser ». Todo está en juevo aquí. La discriminación llevada a cabo, sea negativa o positiva, pone de relieve una diferencia étnica de apariencia – tan bella como puede ser, la de una fisonomía asiática o africana en medio de caras caucásicas. La etiqueta identitaria « adoptado » propone una explicación que tiende a todos los problemas identitarios. Es un verdadero peligro, e interpretaciones seudo-psicoanalíticas son fáciles de manifestar y de oír, amenazando de encasillar a la persona adoptada en alguna forma de condicionamiento resultando a veces en una (auto) culpación en exceso. En materia de interacciones sociales, veremos así surgir pensamientos introspectivos o consejos amigables del tipo « Soy abandónico, es por ello que me encariño demasiado » o, al contrario, « Eres adoptado, es por ello que tienes miedo de encariñarte o de comprometerte, sabes ». Siempre es posible encontrar una hipótesis verosímil en la que la adopción  será la culpable asignada a una dificultad de la existencia. Este modo de razonamiento puede rápidamente convertirse en el pretexto para señalar con el dedo lo que, de manera factual, ha sido un bonito regalo, el de una vida mejor que en una institución o en la calle.

En el fondo, todos, adoptados o no, hemos vivido evoluciones escandalosas de nuestra personalidad, una crisis en la adolescencia, conflictos parentales, penas de amor. ¿Quién nunca se ha preguntado en la infancia si sus padres eran realmente sus verdaderos padres? Se trata aquí de problemas emocionales de humanos, ricos en complejidad y en similitudes, independientemente de los orígenes y de la cultura.

Saber minimizar y valorar la diferencia al mismo tiempo

El posicionamiento del padre adoptivo es delicado, y como para cualquier padre, el aprendizaje por intentos-errores es frecuente, para encontrar el justo equilibrio entre estigmatizar y valorar la singularidad de esta identidad de dos caras.

¿Qué hacer? Todo lo que se pueda, ya que no existe el secreto de la parentalidad. Los padres adoptivos han pasado por etapas, oh cuán dolorosas, antes de llevar a cabo su proyecto de adopción. Padres, denos con amor lo que sabrán aprender de su rol en contacto con el niño que habrán acogido en su hogar. Sean vigilantes con respecto a las vicisitudes de estos énfasis o descuidos de la diferencia, con el fin de que su hijo sepa construirse una identidad entera y única, la suya. Ustedes, padres adoptivos, han probablemente estado impacientes de acoger a su hijo; pero, luego, hacer que un niño – adoptado o no – crezca requiere de mucha perseverancia, con el fin de lograr reconciliar las diferentes facetas de una identidad rica en diversidad. Se trata de una dinámica que necesita el rigor del contrapunto, la rectitud de las armonías, la resolución de las discordancias, así como la ligereza lírica y adornada de una invención con tres voces de Johann Sebastian Bach. Con su belleza mística y su parte de espontaneidad, por supuesto. »

 

(1): Pallier et al, Brain imaging of language plasticity in adopted adults: can a second language replace the first? [Imaginería cerebral de la plasticidad del lenguaje en adultos adoptados: ¿Puede un segundo idioma sustituir al primero?] Cerebral Cortex, 2003, 13, 155-161

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Elegant happiness

I have been supposed to work on a small essay on one of those two topics, either happiness or consciousness. A romance changed the destiny of this work, and I would like to share it with you here. To JS.

Preamble

BONHEUR, s. m. (Morale.) se prend ici pour un état, une situation telle qu’on en desireroit la durée sans changement; en cela le bonheur est différent du plaisir, qui n’est qu’un sentiment agréable, mais court & passager, qui ne peut jamais être un état. La douleur auroit bien plûtôt le privilége d’en pouvoir être un. 1st sentence from Diderot and D’Alembert Encyclopeadia (see annexe 1)

I actually first thought to make this homework on consciousness topic as it’s a field I already work on for almost a decade now. I scheduled to do it last Friday and correct it on Saturday to send it for the deadline I was given on August 31st.

The truth is that I met unexpectedly for the first time a sublime girl  in Paris one day before starting writing, while we have been there for respective purposes. I was there for work. She was there to have a taste of Paris after she just finished her PhD in food science in Dijon, a city where I also studied but harpsichord and medicine. Tragically, we knew when we met she was about to leave France, may be forever, to go back in South Korea, where she is from and where I’m born; but being a French Korean adoptee, I don’t belong to my original country’s traditions. We have been both sharing the experiences of an immediate pleasure in a limited spatio-temporal span and the doubts on possibilities to change it in real happiness in the future. Thus I really wanted to express myself on the question of happiness and I apologize sincerely for that, I unilaterally postponed the deadline of this exam. This story has such a sickly sentimental perfume of a Parisian romantic drama that only two young Korean lovers can understand may be and may sound as ridiculous as Diderot’s love letters.

I grew up in Langres, where Denis Diderot grew up too and suffered there like him from closed-minded ultra-religious people and had to deal with this heavy background when I arrived in Paris to study cognitive science; then I studied baroque music where Jean-Philippe Rameau (the uncle of the nephew) learnt it before me with the success we know, and where Jean-Jacques Rousseau has been winning two times the literature competition of Academy of Dijon, thanks to his former friend Denis Diderot who probably wrote for him or hugely inspired his texts. My harpsichord professor created with a huge success 12 years ago his version for theatre of Rameau’s nephew, which is a perfect masterpiece to start thinking about happiness and pleasure, and about what opposes and unifies those concepts.

All together, my recent life events and this intellectual and emotional Parisian atmosphere made impossible for me to write on something else than happiness in the time of Lumières with a taste of my old and recent background in France.

 Happiness: pseudo-epicureanism versus the humanist view of Denis Diderot

The completion of the Great Century sees the uprising of new independent visions, fighting more or less openly both the religious establishment and some extreme visions of libertarianism at the same time. Claiming for free thinking rights is in the air in Paris; ethical issues emerge. This entire intellectual atmosphere boils amongst those people that will later be seen as representatives of the classical vision ‘à la française’ of the intellectual figure. Basically, a French intellectual could be seen as “ a man who mingles with what does not concern him”, according to a recent interview given by the journalist and editor Eric Naulleau in a France Inter radio show. Interestingly, this holistic vision of enlightenment time is totally reflected by Denis Diderot and Jean Le Rond D’Alembert in the systematic work of their Encyclopaedia: the ambitious and exhaustive first essay to have an opinion on anything that may concern human life and his world. Happiness does not escape to this universal curiosity characteristic of 18th century.

While hedonism makes the apology of pleasure (closer to the vision of Voltaire in his tumultuous lifetime), Eudemonism is its parallel concept but for happiness, opposed to the definition of the pleasure in the entry ‘bonheur’ in the Encyclopaedia. The fight between HIM and ME in the dialogue in Rameau’s Nephew piece from Diderot is a very illustrative metaphor for the comparison we attempt to approach in this analysis. (see annexe 3)

–       On one side, HIM, the decadent aristocratic Jean-François Rameau is “the nephew of”, tumultuous person who claims for impossible equality in happiness amongst all individuals. Happiness would be just to appreciate direct pleasures in life, without caring of the others, just enjoying an – apparently – pure freedom. He takes sides against the point of view of the philosopher on altruism, sense of accountability and takes all that for pure vanity. For what else life would exist if it is not matter of good food, wine, sexual pleasure, financial wealth and all good things that life can immediately bring to you?

–       On the other side, ME, the philosopher, takes another stance to distinguish simple pleasure and a long-term state that can be happiness.  (cf. annexe 1 and 2 also) Happiness would be a constant state made obviously of inconstant discrete events interlaced, with bursts of pleasure and longer-term accomplishment in life, which includes caring of the others, and being accountable for whole society, within a framework of reasonable moderation. He does not condemn the appreciation of the same pleasures than HIM, but he has in higher esteem the accomplishment of his role as a father, as a friend, finishing a hard task that would serve humanity, or whatever could be felt as painful on a limited temporal span, but grandiose and highly positive in the end, even if not immediately experienced as highly rewarding.

The first approach is not a classically labelled philosophical approach. It’s not elaborated like the libertarianism of the Age of Enlightenment such as John Locke could have embodied it; but it highly represents the classical thinking of many individuals who never questioned themselves on ethical questions and moral issues, including individual who can be dangerous for a social system. In that sense, this common behaviour should be considered as an important way to theorize on happiness. But what they call happiness is their direct and selfish pleasure. The other counts only to achieve my own happiness in the end.  Private property rights come first before general interest and state meddling is usually badly seen. The unequal rights between individuals seem quite clear according to the fact certain people can enjoy certain things in life and some others can’t. Auto-regulation might be just sufficient and sense of accountability does not care. Only immediate experienced goodness is true. This approach seems to protect the individual of his innate rights of freedom. But as this vision does not care about the freedom of the others, it becomes a highly dangerous view. It is illustrated in another part of the same theatre piece Rameau’s nephew, dramatically emphasized in the adaptation by Olivier Baumont, when Rameau expresses himself vigorously against Jewish community, which retrospectively easily reminds us where can lead such ideas.

This John Doe vision of what a good life should be may have never changed since philosophy started to try to define more refined concepts of altruism –‘unconsciously’ existing in the state of Nature according to some ethological modern data. Are we happier when we care only about our immediate needs or are we happier when we draft things in longer term? This ability to make plans, to project us, has a lot to do with specificity of human brains – including prefrontal cortices functions – able to project themselves in time and space with metarepresentative and elaborated memory processing. We can go beyond the simple reward circuits found in mammals and it’s a key distinction to understand how human bonds occur and how the human society can organize, evolve and survive to itself. This is what attempts to express Diderot in his essay with the voice of ME, the philosopher, in a very visionary way. We can rise ourselves higher than our nature (in this sense it argues against his former friend opinion JJ Rousseau). It puts a distinction between two temporalities: pleasure is a transient event, which has to fade quickly. Happiness is a state of being, which has to include moments of pain, displeasure, equanimous baselines and bursts of pleasures. Interestingly, Diderot probably does not identify himself to ME in his piece. It actually reveals an inner fight and introspective debate everyone can experience to accept in us those two faces of human nature, highly animal and mammalian, but able to create social bonds through consciousness. We can surmise that Diderot does not necessarily reject the behaviour of the nephew. As he expresses in his other essay “Pensées sur l’interprétation de la Nature”, after visionary sentences on the conservation of the matter (expressed by Lavoisier several decades later), about the way to conduct scientific experiments: “Pour ébranler une hypothèse, il ne faut quelquefois que la pousser aussi loin que ce qu’elle peut aller”.  Until what point should we accept our Nature and experience what we are immediately seeking for? But then when should we overcome simple reward-punishment systems that an animal could experience like operant conditioning by Skinner and formerly Pavlov has demonstrated to occur in inferior mammals?

The point of view of Denis Diderot is nevertheless not conservative. He does not call for privations. With a careful reading of his work, his opposition against the establishment is obvious. Encyclopaedists were risking a lot to publish their ideas, – under pseudonyms sometimes, and to protect the privacy of their correspondence. The jail or death penalty was never so far. The actual respect to religion and the authority of the catholic censorship is to be questioned in Denis’ work, and we can without a big risk assume premises of atheism behind his confessed deism.

Denis himself does not castigate the experience of pleasure but the pseudo-epicurean vision of some decadent aristocratic Parisians, which already misunderstood Epicure’s views like it can still be nowadays– this being also true for Epicure’s direct followers. With the established definition of Epicureanism in general population, we can simply say that Epicure was not Epicurean. We can perceive Denis’ perfect sense of measure when he reminds in the Encyclopaedia what is really supposed to be Epicureanism, and what it’s not. It is interesting to notice that the problematic of misunderstanding on this old antiquity school in general population who refer to it was already similar as it is now.

If Rameau’s nephew is not a dialogue between good and bad people – it would be insulting Diderot to think he would bi-polarize society as politicians like to do – it is for sure an inner fight and internal dialogue, the output of a fascinating system where our brains have to make compromises between different neural assemblies when limbic, neo-cortical somehow interferer. It probably applies the same way to human bonds when lovers receive two contradictory signals of approximately similar weights between a present new and nice pleasure, here and now, and the upcoming risk of suffering of the spatial-temporal distance. The unknown result of the decisions and actions often makes of happiness a far longer road than a simple suite of successive pleasures.

The key point to experience a good life may somehow stay in the words. How do we define we have a good life?  Isn’t it just a matter of acceptance, which actually goes with a mix of a stoicism and Buddhism? The acceptance of the fact I’m fundamentally happy if I think I am, the ‘will’ to experience life in the ‘present’ (with reasonable planning of the future of course) and how I want to feel might be a form of auto-conditioning. But as says Franck Jr to the policeman looking to arrest him in the movie “Catch me if you can” – where he plays the role of someone being what is not with high success – “Ah people only know what you tell them, Carl”. I’m afraid that when speaking about people we might be also one of them. If what matters is to tell yourself you’re happy and believe that fact to start being happy, accepting both your appreciation of pleasant moments and something more you’re wired to become including hard and painful events, you can start being happy as a human being.  If we want happiness as stable state for our lifetime, what is more stable than considering the entire life span to finally see it as happy on average?

Références :

1. Le neveu de Rameau, mis en scène par Jean-Pierre Rumeau, adapté par Olivier Baumont, avec Nicolas Vaude et Gabriel Le Doze

2. Diderot, Le Neveu de Rameau, livre de poche (2002), collection dirigée par Michel Zink et Michel Jarrety, ISBN 2-253-16074-1.

3. Diderot et D’Alembert, L’Encyclopédie

4. Site web lettres-et-arts.net, articles sur le bonheur au 17 et 18è siècle

Annexes:

  1. Article « bonheur » from D’Alembert and Diderot’s encyclopedy :

BONHEUR, s. m. (Morale.) se prend ici pour un état, une situation telle qu’on en desireroit la durée sans changement; & en cela le bonheur est différent du plaisir, qui n’est qu’un sentiment agréable, mais court & passager, & qui ne peut jamais être un état. La douleur auroit bien plûtôt le privilége d’en pouvoir être un.

Tous les hommes se réunissent dans le desir d’être heureux. La nature nous a fait à tous une loi de notre propre bonheur. Tout ce qui n’est point bonheur nous est étranger : lui seul a un pouvoir marqué sur notre cœur; nous y sommes tous entraînés par une pente rapide, par un charme puissant, par un attrait vainqueur; c’est une impression ineffaçable de la nature qui l’a gravé dans nos cœurs, il en est le charme & la perfection.

Les hommes se réunissent encore sur la nature du bonheur. Ils conviennent tous qu’il est le même que le plaisir, ou du moins qu’il doit au plaisir ce qu’il a de plus piquant & de plus délicieux. Un bonheur que le plaisir n’anime point par intervalles, & sur lequel il ne verse pas ses faveurs, est moins un vrai bonheur qu’un état & une situation tranquille: c’est un triste bonheur que celui-là. Si l’on nous laisse dans une indolence paresseuse, où notre activité n’ait rien à saisir, nous ne pouvons être heureux. Pour remplir nos desirs, il faut nous tirer de cet assoupissement où nous languissons; il faut faire couler la joie jusqu’au plus intime de notre cœur, l’animer par des sentimens agréables, l’agiter par de douces secousses, lui imprimer des mouvemens délicieux, l’enivrer des transports d’une volupté pure, que rien ne puisse altérer. Mais la condition humaine ne comporte point un tel état: tous les momens de notre vie ne peuvent être filés par les plaisirs. L’état le plus délicieux a beaucoup d’intervalles languissans. Après que la premiere vivacité du sentiment s’est éteinte, le mieux qui puisse lui arriver, c’est de devenir un état tranquille. Notre bonheur le plus parfait dans cette vie, n’est donc, comme nous l’avons dit au commencement de cet article, qu’un état tranquille, semé çà & là de quelques plaisirs qui en égayent le fond.

Ainsi la diversité des sentimens des philosophes sur le bonheur, regarde non sa nature, mais sa cause efficiente. Leur opinion se réduit à celle d’Epicure, qui faisoit consister essentiellement la félicité dans le plaisir. Voyez cet article. La possession des biens est le fondement de notre bonheur, mais ce n’est pas le bonheur même; car que seroit-ce si les ayant en notre puissance, nous n’en avions pas le sentiment ? Ce fou d’Athenes qui croyoit que tous les vaisseaux qui arrivoient au Pirée lui appartenoient, goûtoit le bonheur des richesses sans les posséder; & peut-être que ceux à qui ces vaisseaux appartenoient véritablement, les possédoient sans en avoir de plaisir. Ainsi, lorsqu’Aristote fait consister la félicité dans la connoissance & dans l’amour du souverain bien, il a apparemment entendu définir le bonheur par ses fondemens : autrement il se seroit grossierement trompé; puisque, si vous sépariez le plaisir de cette connoissance & de cet amour, vous verriez qu’il vous faut encore quelque chose pour êre heureux. Les Stoïciens, qui ont enseigné que le bonheur consistoit dans la possession de la sagesse, n’ont pas été si insensés que de s’imaginer qu’il fallût séparer de l’idée du bonheur la satisfaction intérieure que cette sagesse leur inspiroit. Leur joie venoit de l’ivresse de leur ame, qui s’applaudissoit d’une fermeté qu’elle n’avoit point. Tous les hommes en général conviennent nécessairement de ce principe; & je ne sai pourquoi il a plu à quelques auteurs de les mettre en opposition les uns avec les autres, tandis qu’il est constant qu’il n’y a jamais eu parmi eux une plus grande uniformité de sentimens que sur cet article. L’avare ne se repaît que de l’espérance de joüir de ses richesses, c’est-à-dire, de sentir le plaisir qu’il trouve à les posséder. Il est vrai qu’il n’en use point : mais c’est que son plaisir est de les conserver. Il se réduit au sentiment de leur possession, il se trouve heureux de cette façon; & puisqu’il l’est, pourquoi lui contester son bonheur ? chacun n’a t-il pas droit d’être heureux, selon que son caprice en décidera ? L’ambitieux ne cherche les dignités que par le plaisir de se voir élevé au-dessus des autres. Le vindicatif ne se vengeroit point, s’il n’espéroit de trouver sa satisfaction dans la vengeance.

2. Article « Plaisir » from D’Alembert and Diderot’s encyclopedy :

PLAISIR, DÉLICE, VOLUPTÉ, (Synonym.) L’idée du plaisir est d’une bien plus vaste étendue que celle de délice & de volupté, parce que ce mot a rapport à un plus grand nombre d’objets que les deux autres; ce qui concerne l’esprit, le cœur, les sens, la fortune, enfin tout ce qui est capable de nous procurer du plaisir. L’idée de délice enchérit par la force du sentiment sur celle de plaisir; mais elle est bien moins étendue par l’objet; elle se borne proprement à la sensation, & regarde sur-tout celle de la bonne-chere. L’idée de volupté est toute sensuelle, & semble désigner dans les organes quelque chose de délicat qui rafine & augmente le goût.

Les vrais philosophes cherchent le plaisir dans toutes leurs occupations, & ils s’en font un de remplir leur devoir. C’est un délice pour certaines personnes de boire à la glace, même en hiver, & cela est indifférent pour d’autres, même en été. Les femmes poussent ordinairement la sensibilité jusqu’à la volupté, mais ce moment de sensation ne dure guere, tout est chez elles aussi rapide que ravissant.

Tout ce qu’on vient de dire ne regarde ces mots que dans le sens où ils marquent un sentiment ou une situation gracieuse de l’ame; mais ils ont encore, surtout au pluriel, un autre sens, selon lequel ils expriment l’objet ou la cause de ce sentiment; comme quand on dit d’une personne qu’elle se livre entierement aux plaisirs, qu’elle jouit des délices de la campagne, qu’elle se plonge dans les voluptés. Pris dans ce dernier sens, ils ont également, comme dans l’autre, leurs différences & leurs délicatesses particulieres : alors le mot de plaisir a plus de rapport aux pratiques personnelles, aux usages & aux passe-tems, tels que la table, le jeu, les spectacles & les galanteries. Celui de délices en a davantage aux agrémens que la nature, l’art & l’opulence fournissent; telles que de belles habitations, des commodités recherchées, & des compagnies choisies. Celui de voluptés désigne proprement des excès qui tiennent de la mollesse, de la débauche & du libertinage, recherchés par un goût outré, assaisonnés par l’oisiveté, & préparés par la dépense, tels qu’on dit avoir été ceux où Tibere s’abandonnoit dans l’île de Caprée, & les Sybarites dans les palais qu’ils avoient bâtis le long du fleuve Crathès, Girard. (D. J.)

Plaisir, (Morale.) Le plaisir est un sentiment de l’ame qui nous rend heureux du-moins pendant tout le tems que nous le goûtons; nous ne saurions trop admirer combien la nature est attentive à remplir nos desirs. Si par le seul mouvement elle conduit la matiere, ce n’est aussi que par le plaisir qu’elle conduit les humains; elle a pris soin d’attacher de l’agrément à ce qui exerce les organes du corps sans les affoiblir, à toutes les occupations de l’esprit qui ne l’épuisent pas par une trop vive & trop longue contention, à tous les mouvemens du cœur que la haine & la contrainte n’empoisonnent pas, enfin à l’accomplissement de nos devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes, & envers les autres hommes. Parcourons tous ces articles les uns après les autres.

1°. Il y a un agrément attaché à ce qui exerce les organes du corps, sans les affoiblir. L’aversion que les enfans ont pour le repos, justifie que les mouvemens qui ne fatiguent point le corps, sont naturellement accompagnés d’une sorte de plaisir; la chasse a d’autant plus de charmes qu’elle est plus vive; il n’est guere pour de jeunes personnes de plaisir plus touchant que la danse; & la sensibilité au plaisir de la promenade se conserve même dans un âge avancé, elle ne s’émousse guere que par la foiblesse du corps. Les couleurs caractérisent les objets qui s’offrent à nous; celle du feu est la plus agréable, mais à la longue elle fatigue la vue; le verd fait une impression douce & jamais fatiguante; le brun & le noir sont des couleurs tristes. La nature a reglé l’agrément des couleurs, sur le rapport de leur force à l’organe de la vue; celles qui exercent davantage, sont les plus agréables, tant qu’elles ne le fatiguent point; aussi les ténebres deviennent-elles pour nous une source d’ennui, dès qu’elles livrent les yeux à l’inaction. Les corps après s’être annoncés par les couleurs, nous frappent agréablement par leur nouveauté & leur singularité : avides de sentimens agréables, nous nous flattons d’en recevoir de tous les objets inconnus qui se présentent à nous; d’ailleurs leur trace n’est point encore formée dans le cerveau, ils font alors sur ses fibres une impression douce qui s’affoiblit, dès que la trace trop ouverte laisse un chemin libre aux esprits; la grandeur & la variété sont encore des causes d’agrément. L’immensité de la mer, ces fleuves qui du haut des montagnes se précipitent dans les abymes, ces campagnes où la vue se perd dans la multitude des tableaux qui s’offrent de toute part; tous ces objets font sur l’ame une impression dont l’agrément se mesure sur l’ébranlement des fibres du cerveau : une autre source féconde d’agrémens, c’est la proportion, elle met à portée de saisir & de retenir la position des objets. La symmétrie dans les ouvrages de l’art, de même que dans les animaux & dans les plantes, partage l’objet de la vue en deux moitiés semblables, & sur ce fond, pour ainsi dire, d’uniformité, d’autres proportions doivent d’ordinaire y porter l’agrément de la variété, la convenance des moyens avec leurs fins, à la ressemblance d’un ouvrage de l’art avec un objet connu, l’unité de dessein : sous ces différens rapports, la nature les a revêtus d’agrément, ils mettent l’esprit à portée de saisir & de retenir ce qui se présente à nos yeux. L’Architecture, la Peinture, la Sculpture, la déclamation doivent à cette loi une partie de leurs charmes; de cette même source naît en partie l’agrément attaché aux graces du corps, elles consistent dans un juste rapport des mouvemens à la fin qu’on s’y propose, elles sont comme un voile transparent à-travers lequel l’esprit se montre : les lois qui reglent l’agrément des objets à la vue, influent sur les sons, le gazouillement d’un ruisseau, le murmure d’un vent qui se joue dans les feuilles des arbres; tous ces tons doux agitent les fibres de l’ouie sans le fatiguer Les proportions, la variété, l’imitation, l’unité de dessein, donnent à la Musique des charmes encore plus touchans qu’aux arts qui travaillent pour les yeux. Nous devons à la théorie de la Musique, cette observation importante, que les consonnances sont plus ou moins agréables, suivant qu’elles sont de nature à exercer plus ou moins les fibres de l’ouie sans les fatiguer. L’analogie qui regne dans toute la nature, nous autorise à conjecturer que cette loi influe sur toutes les sensations; il est des couleurs dont l’assortissement plaît aux yeux, c’est que dans le fond de la rétine, elles forment, pour ainsi dire, une consonnance; cette même loi s’étend apparemment aux êtres qui sont à portée d’agir sur l’odorat & sur le goût; leur agrément caractérise, il est vrai, ceux qui nous sont salutaires, mais il ne paroit point parfaitement proportionné à leur degré de convenance avec la santé.

2°. Si le corps a ses plaisirs, l’esprit a aussi les siens; les occupations soit sérieuses soit frivoles, qui exercent sa pénétration sans le fatiguer, sont accompagnées d’un sentiment agréable. A voir un joueur d’échecs concentré en lui-même, & insensible à tout ce qui frappe ses yeux & ses oreilles, ne le croiroit-on pas intimement occupé du soin de sa fortune ou du salut de l’état ? Ce recueillement si profond a pour objet le plaisir d’exercer l’esprit par la position d’une piece d’ivoire. C’est de ce doux exercice de l’esprit que naît l’agrément des pensées fines, qui de même que la bergere de Virgile, se cachent autant qu’il le faut pour qu’on ait le plaisir de les trouver. Il y a eu des hommes à qui on a donné le nom de philosophes, & qui ont cru que l’exercice de l’esprit n’étoit agréable que par la réputation qu’on se flattoit d’en recueillir. Mais tous les jours ne se livre-ton pas à la lecture & à la réflexion, sans aucune vue sur l’avenir, & sans autre dessein que de remplir le moment présent ? Si on se trouvoit condamné à une solitude perpétuelle, on n’en auroit que plus de goût pour des lectures que la vanité ne pourroit point mettre à profit.

3°. Le cœur comme l’esprit & le corps a ses mouvemens & est fou des plaisirs, dès qu’ils ne doivent point leur naissance à la vue d’un mal présent ou à venir. Tout objet est sûr de nous plaire, dès que son impression conspire avec nos inclinations : une spéculation morale ou politique, peu amusante dans la jeunesse, intéresse dans un âge plus avancé, & une histoire galante qui ennuie un vieillard, aura des charmes pour un jeune homme. Dans la peinture que la Poésie fait des passions, ce n’est point la fidélité du portrait qui en fait le principal agrément; c’est que telle est leur contagion, qu’on ne peut guere les voir sans les ressentir; la tristesse même devient quelquefois délicieuse, par cette douceur secrette, attachée à toute émotion de l’ame. La tragédie divertit d’autant mieux. qu’elle fait couler plus de larmes; tout mouvement de tendresse, d’amitié, de reconnoissance, de générosité & de bienveillance, est un sentiment de plaisir : aussi tout homme né bienfaisant est-il naturellement gai, & tout homme né gai est-il naturellement bienfaisant. L’inquiétude, le chagrin, la haine, sont des sentimens nécessairement désagréables, par l’idée du mal qui nous menace ou nous afflige; aussi tout homme malfaisant est-il naturellement triste. On trouve cependant une sorte de douceur dans le mouvement de l’ame, qui nous porte à assurer notre conservation & notre félicité, par la destruction de ce qui fait obstacle; c’est qu’il y a peu de sentimens qui ne soient pour ainsi dire composés, & où il n’entre quelque portion d’amour; on ne hait guere, que parce qu’on aime.

4°. Enfin, il y a du plaisir attaché à l’accomplissement de nos devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes & envers les autres. Epicure fier d’avoir attaqué le dogme d’une cause intelligente, se flattoit d’avoir anéanti une puissance ennemie de notre bonheur. Mais pourquoi nous former cette idée superstitieuse d’un être qui en nous donnant des gouts, nous offre de toutes parts des sentimens agréables; qui en nous composant de divers facultés, a voulu qu’il n’y en eût aucune dont l’exercice ne fût un plaisir ? Les biens que nous possédons sont-ils donc empoisonnés par l’idée que ce sont des présens d’une intelligence bienfaisante ? N’en doivent-ils pas plutôt recevoir un nouveau prix, s’il est vrai que l’ame ne soit jamais plus tranquille & plus parfaite, que quand elle sent qu’elle fait de ces biens un usage conforme aux intentions de son auteur ? Cette idée qui épure nos plaisirs, porte le calme dans le cœur, & en écarte l’inquiétude & le chagrin. Placés dans l’univers comme dans le jardin d’Eden, si la providence nous défend l’usage d’un fruit par l’impuissance de le cueillir, ou par les inconvéniens qui y sont attachés, n’en acceptons pas avec moins de reconnoissance ceux qui se présentent à nous de toutes parts; jouissons de ce qui nous est offert, sans nous trouver malheureux par ce qui nous est refusé : le desir se nourrit d’espérance, & s’éteint par l’impossibilité d’atteindre à son objet : nous devons à la puissance de Dieu, le tribut d’une soumission parfaite à tout ce qui résulte de l’établissement de ses lois; nous devons à sa sagesse l’hommage d’une persuasion intime, que si nous étions admis à ses conseils, nous applaudirions aux raisons de sa conduite. Ces sentimens respectueux, un sentiment de plaisir les accompagne, une heureuse tranquillité les suit.

Il y a aussi du plaisir attaché à l’accomplissement de nos devoirs envers nous-mêmes; le plaisir naît du sein de la vertu. Quoi de plus heureux que de se plaire dans une suite d’occupations convenables à ses talens & à son état ? La sagesse écarte loin de nous le chagrin, elle garantit même de la douleur, qui dans les tempéramens bien conformés ne doit guere sa naissance qu’aux excès : lorsqu’elle ne peut la prévenir, elle en émousse du moins l’impression, toujours d’autant plus forte qu’on y oppose moins de courage. Les indiennes, les sauvages, les fanatiques marquent de la gaité dans le sein des douleurs les plus vives; ils maîtrisent leur attention au point de la détourner du sentiment désagréable qui les frappe, & de la fixer sur le phantôme de perfection auquel ils se dévouent. Seroit-il possible que la raison & la vertu aprissent de l’ambition & du préjugé à affoiblir aussi le sentiment de la douleur par d’heureuses diversions ?

Si nous voulons remplir tous nos devoirs envers les autres hommes, soyons justes & bienfaisans, la morale nous l’ordonne, la théorie des sentimens nous y invite; l’injustice, ce principe fatal des maux du genre humain, n’afflige pas seulement ceux qui en sont les victimes, c’est une sorte de serpent qui commence par déchirer le sein de celui qui le porte. Elle prend naissance dans l’avidité des richesses ou dans celle des honneurs, & en fait sortir avec elle un germe d’inquiétude & de chagrin : L’habitude de la justice & de la bienveillance qui nous rend heureux, principalement par les mouvemens de notre cœur, nous le rend aussi par les sentimens qu’elle inspire à ceux qui nous approchent; un homme juste & bienfaisant, qui ne vit que pour des mouvemens de bienveillance, est aimé & estimé de tous ceux qui l’approchent. Si l’on a dit de la louange, qu’elle étoit pour celui à qui elle s’adressoit, la plus agréable de toutes les musiques, on peut dire de même qu’il n’est point de spectacle plus doux que celui de se voir aimé; tous les objets qui s’offriront lui seront agréables, tous les mouvemens qui s’éleveront dans son cœur, seront des plaisirs.

Il y a plusieurs sortes de plaisirs, savoir, ceux du corps & ceux de l’esprit, & ceux du cœur; c’est une suite de ce que nous venons de dire. Il se présente ici une question importante, qui bien avant la naissance d’Epicure & de Platon, a partagé le genre humain en deux sectes différentes. Les plaisirs des sens l’emportent-ils sur ceux de l’ame ? Et parmi les plaisirs de l’ame, ceux de l’esprit sont-ils préférables à ceux du cœur ? Pour en juger, imaginons-les entierement séparés les uns des autres & portés à leur plus haut point de perfection. Qu’un être insensible à ceux de l’esprit goûte ceux du corps dans toute sa durée, mais que privé de toute connoissance, il ne se souvienne point de ceux qu’il a sentis, qu’il ne prévoye point ceux qu’il sentira, & que renfermé pour ainsi dire dans son écaille, tout son bonheur consiste dans le sentiment sourd & aveugle qui l’affecte pour le moment présent. Imaginons au contraire, un homme mort à tous les plaisirs des sens, mais en saveur de qui se rassemblent tous ceux de l’esprit & du cœur; s’il est seul, que l’histoire, la géométrie, les belles-lettres, lui fournissent de belles idées, & lui marquent chaque moment de sa retraite par de nouveaux témoignages de la force & de l’étendue de son esprit; s’il se livre à la société, que l’amitié, que la gloire, compagne naturelle de la vertu, lui fournissent hors de lui des preuves toujours renaissantes de la grandeur & de la beauté de son ame, & que dans le fond de son cœur sa conformité à la raison soit toujours accompagnée d’une joie secrete que rien ne puisse altérer; il me semble qu’il est peu d’hommes nés sensibles aux plaisirs de l’esprit & du corps, qui placés entre ces deux états de bonheur, à-peu-près comme un philosophe l’a feint d’Hercule, préférassent au sort de l’être intelligent la félicité d’une huitre.

Les plaisirs du corps ne sont jamais plus vifs que quand ils sont des remedes à la douleur; c’est l’ardeur de la soif qui décide du plaisir qu’on ressent à l’éteindre. La plûpart des plaisirs du cœur & de l’esprit ne sont point altérés par ce mélange impur de la douleur. Ils l’emportent d’ailleurs par leur agrément; ce que la volupté a de délicieux, elle l’emprunte de l’esprit & du cœur; sans leur secours elle devient bientôt fade & insipide à la fin. Les plaisirs du corps n’ont guere de durée, que ce qu’ils en empruntent d’un besoin passager; dès qu’ils vont au-delà, ils deviennent des germes de douleur; les plaisirs de l’esprit & du cœur leur sont donc bien supérieurs, n’eussent-ils sur eux que l’avantage d’être bien plus de nature à remplir le vuide de la vie.

Mais parmi les plaisirs de l’esprit & du cœur, auxquels donnerons-nous la préférence ? Il me semble qu’il n’en est point de plus touchant, que ceux que fait naître dans l’ame l’idée de perfection; elle est comme un objet de notre culte, auquel on sacrifie tous les jours les plus grands établissemens, sa conscience même & sa personne. Pour se garantir de la flétrissure attachée à la poltronnerie, elle a précipité dans le sein de la mort des hommes, flattés d’acheter à ce prix la conservation de ce qui leur étoit cher. C’est elle qui rend les indiennes insensibles à l’horreur de se brûler vives, & qui leur ferme les yeux sur tous les chemins que leur ouvre la libéralité & la religion de leur prince, pour les dérober à ce supplice volontaire; les vertus, l’amitié, les passions, les vices mêmes empruntent d’elle la meilleure partie de leur agrément.

Un comique grec trouvoit qu’on ne prenoit pas d’assez justes mesures, quand on vouloit s’assurer d’un prisonnier. Que n’en confie-t-on la garde au plaisir ? Que ne l’enchaîne-t-on par les délices ? Plaute & l’Arioste ont adopté cette plaisanterie; mais tous ces poëtes auroient peu connu le cœur humain, s’ils eussent cru sérieusement que jamais leur captif n’auroit brisé ses chaînes. Il n’eût pas été nécessaire de faire briller à ses yeux tout l’éclat de la gloire; qu’il se fût trouvé méprisable dans sa prison, ou qu’il y eût craint le mépris des autres hommes, il eût bientôt été tenté de préférer un péril illustre à une volupté honteuse. La gloire a plus d’attrait pour les ames bien nées, que la volupté; tous craignent moins la douleur & la mort, que le mépris.

Les qualités de l’esprit, il est vrai, fournissent à ceux que la passion n’éblouit pas, un spectacle encore plus agréable que celui de la figure; il n’y a que l’envie ou la haine qui puissent rendre insensible au plaisir d’appercevoir en autrui cette pénétration vive, qui saisit dans chaque objet les faces qui s’assortissent le mieux avec la situation où l’on est; mais la beauté de l’esprit, quelque brillante qu’elle soit, est effacée par la beauté de l’ame. Les saillies les plus ingénieuses n’ont pas l’éclat des traits qui peignent vivement une ame courageuse, désintéressée, bienfaisante. Le genre humain applaudira dans tous les siecles, au regret qu’avoit Titus d’avoir perdu le tems qu’il n’avoit pas employé à faire des heureux; & les échos de nos théatres applaudissent tous les jours aux discours d’une infortunée, qui abandonnée de tout le genre humain, interrogée sur les ressources qui lui restent dans ses malheurs, moi, répond-elle, & c’est assez. Il est peu de personnes qui soient du caractere d’Alcibiade, qui étoit plus sensible à la réputation d’homme d’esprit, qu’à celle d’honnête homme; tant il est vrai que les sentimens du cœur flatent plus que les plaisirs de l’esprit. En un mot, les traits les plus réguliers d’un beau visage sont moins touchans que les graces de l’esprit, qui sont effacées à leur tour par les sentimens & par les actions qui annoncent de l’élévation dans l’ame & dans le courage : l’agrément naturel des objets se gradue toujours dans l’ordre que je viens d’exposer, & c’est ainsi que la nature nous apprend ce que l’expérience confirme, que la beauté de l’esprit donne plus de droit à la félicité, que celle du corps, & qu’elle en donne moins que celle de l’ame.

Parmi les plaisirs, il y en a qui sont tels par leur jouissance, que leur privation n’est point douleur : la vapeur des parfums, les spectacles de l’Architecture, de la Peinture, & de la déclamation; les charmes de la Musique, de la Poésie, de la Géométrie, de l’Histoire, d’une société choisie; tous ces plaisirs sont de ce genre. Ce ne sont point des secours qui soulagent notre indigence, ce sont des graces qui nous enrichissent & augmentent notre bonheur : combien de gens qui les connoissent peu, & qui jouissent pourtant d’une vie douce ? Il n’en est pas ainsi de quelque autres sortes de sentimens agréables; la loi, par exemple, qui nous invite à nous nourrir ne se borne point à récompenser notre docilité, elle punit notre désobéissance. L’auteur de la nature ne s’est pas reposé sur le plaisir seul du soin de nous convier à notre conservation, il nous y porte par un ressort encore plus puissant, par la douleur.

Il ne faut point opposer à cette maxime qui est certaine, la morale & la religion de J. C. notre Législateur & en même tems notre Dieu, lequel n’est point venu pour anéantir la nature, mais pour la perfectionner. Il ne nous fait point renoncer à l’amour du plaisir, & ne condamne point la vertu à être malheureuse ici-bas. Sa loi est pleine de charmes & d’attraits; elle est toute comprise dans l’amour de Dieu & du prochain. La source des plaisirs légitimes ne coule pas moins pour le Chrétien que pour l’homme profane : mais dans l’ordre de la grace il est infiniment plus heureux par ce qu’il espere, que par ce qu’il possede. Le bonheur qu’il goute ici-bas devient pour lui le germe d’un bonheur éternel. Ses plaisirs sont ceux de la modération, de la bienfaisance, de la tempérance, de la conscience; plaisirs purs, nobles, spirituels, & fort supérieurs aux plaisirs des sens. Voyez Plaisir

Un homme qui prétendroit tellement subtiliser la vertu qu’il ne lui laissât aucun sentiment de joie & de plaisir, ne feroit assûrément que rebuter notre cœur. Telle est sa nature qu’il ne s’ouvre qu’au plaisir; lui seul en sait manier tous les replis & en faire joüer les ressorts les plus secrets. Une vertu que n’accompagneroit pas le plaisir, pourroit bien avoir notre estime, mais non notre attachement. J’avoue qu’un même plaisir n’en est pas un pour tous : les uns sont pour le plaisir grossier, & les autres pour le plaisir délicat; les uns pour le plaisir vif, & les autres pour le plaisir durable; les uns pour le plaisir des sens, & les autres pour le plaisir de l’esprit; les uns enfin pour le plaisir du sentiment, & les autres pour le plaisir de la réflexion : mais tous sans exception sont pour le plaisir. Consultez cet article.

On peut lire dans M. de Fontenelle les réflexions solides & judicieuses qu’il a écrites sur le bonheur. Quoique notre bonheur ne dépende pas en tout de nous, parce que nous ne sommes pas les maîtres d’être placés par la fortune dans une condition médiocre, la plus propre de toutes pour une situation tranquille, & par conséquent pour le bonheur, nous y pouvons néanmoins quelque chose par notre façon de penser. (C)

  • Bonheur, Prospérité, (Gramm.) termes relatifs à l’état d’un être qui pense & qui sent. Le bonheur est l’effet du hasard; il arrive inopinément. La prospérité est un bonheur continu, qui semble dépendre de la bonne conduite. Les fous ont quelquefois du bonheur. Les sages ne prosperent pas toûjours. On dit du bonheur qu’il est grand, & de la prospérité qu’elle est rapide. Le bonheur se dit & du bien qui nous est arrivé, & du mal que nous avons évité. La prospérité ne s’entend jamais que d’un bien augmenté par degrés. Le capitole sauvé de la surprise des Gaulois par les cris des oies sacrés, dit M. l’abbé Girard, est un trait qui montre le grand bonheur des Romains : mais ils doivent à la sagesse de leurs lois & à la valeur de leurs soldats, leur longue prospérité.

3. Extrait du neveu de Rameau (from website web lettres-et-arts.net)

  • LUI.– Mais je crois que vous vous moquez de moi; monsieur le philosophe, vous ne savez pas à qui vous vous jouez; vous ne vous doutez pas que dans ce moment je représente la partie la plus importante de la ville et de la cour. Nos opulents dans tous les états ou se sont dit à eux-mêmes ou ne sont pas dit les mêmes choses que je vous ai confiées; mais le fait est que la vie que je mènerais à leur place est exactement la leur. Voilà où vous en êtes, vous autres. Vous croyez que le même bonheur est fait pour tous. Quelle étrange vision! Le vôtre suppose un certain tour d’esprit romanesque que nous n’avons pas; une âme singulière, un goût particulier. Vous décorez cette bizarrerie du nom de vertu; vous l’appelez philosophie. Mais la vertu, la philosophie sont-elles faites pour tout le monde. En a qui peut. En conserve qui peut. Imaginez l’univers sage et philosophe; convenez qu’il serait diablement triste. Tenez, vive la philosophie; vive la sagesse de Salomon : Boire de bon vin, se gorger de mets délicats, se rouler sur de jolies femmes; se reposer dans des lits bien mollets. Excepté cela, le reste n’est que vanité.
  • MOI.– Quoi, défendre sa patrie ?
  • LUI.– Vanité. Il n’y a plus de patrie. Je ne vois d’un pôle à l’autre que des tyrans et des esclaves.
  • MOI.– Servir ses amis ?
  • LUI.– Vanité. Est-ce qu’on a des amis ? Quand on en aurait, faudrait-il en faire des ingrats ? Regardez-y bien, et vous verrez que c’est presque toujours là ce qu’on recueille des services rendus. La reconnaissance est un fardeau; et tout fardeau est fait pour être secoué.
  • MOI.– Avoir un état dans la société et en remplir les devoirs ?
  • LUI.– Vanité. Qu’importe qu’on ait un état, ou non; pourvu qu’on soit riche; puisqu’on ne prend un état que pour le devenir. Remplir ses devoirs, à quoi cela mène-t-il ? A la jalousie, au trouble, à la persécution. Est-ce ainsi qu’on s’avance ? Faire sa cour, morbleu; faire sa cour; voir les grands; étudier leurs goûts; se prêter à leurs fantaisies; servir leurs vices; approuver leurs injustices. Voilà le secret.
  • MOI.– Veiller à l’éducation de ses enfants ?
  • LUI.– Vanité. C’est l’affaire d’un précepteur.
  • MOI.– Mais si ce précepteur, pénétré de vos principes, néglige ses devoirs; qui est-ce qui en sera châtié ?
  • LUI.– Ma foi, ce ne sera pas moi; mais peut-être un jour, le mari de ma fille, ou la femme de mon fils.
  • MOI.– Mais si l’un et l’autre se précipitent dans la débauche et les vices.
  • LUI.– Cela est de leur état.
  • MOI.– S’ils se déshonorent.
  • LUI.– Quoi qu’on fasse, on ne peut se déshonorer, quand on est riche.
  • MOI.– S’ils se ruinent.
  • LUI.– Tant pis pour eux.
  • MOI.– Je vois que, si vous vous dispensez de veiller à la conduite de votre femme, de vos enfants, de vos domestiques, vous pourriez aisément négliger vos affaires.
  • LUI.– Pardonnez-moi; il est quelquefois difficile de trouver de l’argent; et il est prudent de s’y prendre de loin.
  • MOI.– Vous donnerez peu de soins à votre femme.
  • LUI.– Aucun, s’il vous plaît. Le meilleur procédé, je crois, qu’on puisse avoir avec sa chère moitié, c’est de faire ce qui lui convient. A votre avis, la société ne serait-elle pas fort amusante, si chacun y était à sa chose ?
  • MOI.– Pourquoi pas ? La soirée n’est jamais plus belle pour moi que quand je suis content de ma matinée.
  • LUI.– Et pour moi aussi.
  • MOI.– Ce qui rend les gens du monde si délicats sur leurs amusements, c’est leur profonde oisiveté.
  • LUI.– Ne croyez pas cela. Ils s’agitent beaucoup.
  • MOI.– Comme ils ne se lassent jamais, ils ne se délassent jamais.
  • LUI.– Ne croyez pas cela. Ils sont sans cesse excédés.
  • MOI.– Le plaisir est toujours une affaire pour eux, et jamais un besoin.
  • LUI.– Tant mieux, le besoin est toujours une peine
  • MOI.– Ils usent tout. Leur âme s’hébète. L’ennui s’en empare. Celui qui leur ôterait la vie, au milieu de leur abondance accablante, les servirait. C’est qu’ils ne connaissent du bonheur que la partie qui s’émousse le plus vite. Je ne méprise pas les plaisirs des sens. l’ai un palais aussi, et il est flatté d’un mets délicat, ou d’un vin délicieux. l’ai un coeur et des yeux; et j’aime à voir une jolie femme. J’aime à sentir sous ma main la fermeté et là rondeur de sa gorge; à presser ses lèvres des miennes; à puiser la volupté dans ses regards, et à en expirer entre ses bras. Quelquefois avec mes amis, une partie de débauche, même un peu tumultueuse, ne me déplaît pas. Mais je ne vous dissimulerai pas, il m’est infiniment plus doux encore d’avoir secouru le malheureux, d’avoir terminé une affaire épineuse, donné un conseil salutaire, fait une lecture agréable; une promenade avec un homme ou une femme chère à mon coeur; passé quelques heures instructives avec mes enfants, écrit une bonne page, rempli les devoirs de mon état; dit à celle que j’aime quelques choses tendres et douces qui amènent ses bras autour de mon col. Je connais telle action que je voudrais avoir faite pour tout ce que je possède. C’est un sublime ouvrage que _Mahomet_; j’aimerais mieux avoir réhabilité la mémoire des Calas. Un homme de ma connaissance s’était réfugié à Carthagène. C’était un cadet de famille, dans un pays où la coutume transfère tout le bien aux aînés. Là il apprend que son aîné, enfant gâté, après avoir dépouillé son père et sa mère, trop faciles, de tout ce qu’ils possédaient, les avait expulsés de leur château, et que les bons vieillards languissaient indigents, dans une petite ville de la province. Que fait alors ce cadet qui, traité durement par ses parents, était allé tenter la fortune au loin, il leur envoie des secours; il se hâte d’arranger ses affaires. Il revient opulent. Il ramène son père et sa mère dans leur domicile. Il marie ses sœurs. Ah, mon cher Rameau; cet homme regardait cet intervalle, comme le plus heureux de sa vie. C’est les larmes aux yeux qu’il m’en parlait : et moi, je sens en vous faisant ce récit, mon coeur se troubler de joie, et le plaisir me couper la parole.
  • LUI.– Vous êtes des êtres bien singuliers !
  • MOI.– Vous êtes des êtres bien à plaindre, si vous n’imaginez pas qu’on s’est élevé au- dessus du sort, et qu’il est impossible d’être malheureux, à l’abri de deux belles actions, telles que celle-ci.
  • LUI.– Voilà une espèce de félicité avec laquelle j’aurai de la peine à me familiariser, car on la rencontre rarement. Mais à votre compte, il faudrait donc être d’honnêtes gens ?
  • MOI.– Pour être heureux ? Assurément.
  • LUI.– Cependant, je vois une infinité d’honnêtes gens qui ne sont pas heureux; et une infinité de gens qui sont heureux sans être honnêtes.
  • MOI.– Il vous semble.

Jeune à Pristina en 2014 : le grand écart entre un monde passé et une terre en devenir.

Chapitre extrait du livre « Kosovo, récits sur la construction d’un état », coordonné par Sébastien Gricourt et Gilles Pernet, préface par Jacques Rupnik, Editions non Lieu, 2014.

Joachim Forget et Pierre-Yves Le Borgn’

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 Avant de nous rencontrer et de partager notre passion pour les Balkans occidentaux et notamment le Kosovo, il fut un temps où nous avons approché tous deux ce pays de façons peu conventionnelles. Pierre-Yves Le Borgn’ est devenu député des français de l’étranger de la 7ème circonscription, après avoir ‘baroudé’ dans la région lors d’un exercice de campagne électorale d’un nouveau genre, où pour appréhender le mode de vie des Français y résidant, il faut apprendre à connaître l’ensemble des gens au grand cœur qui peuplent le pays. J’ai pour ma part commencé à voyager au Kosovo quelques années après avoir d’abord soutenu financièrement les réfugiés en 1999, puis suite à des rencontres qui ont fait germer nombre d’amitiés sincères. Je dois notamment beaucoup à l’un de mes anciens patients suisse d’origine Kosovar, qui fut ma porte d’entrée sur la diaspora kosovar à Genève. Ma curiosité éveillée m’a rapidement poussé à travailler comme jeune médecin observateur pendant une courte période dans le service de chirurgie de l’hôpital universitaire de Prishtina, ou Qendra Klinike Universitare e Kosovës. De par mon second métier de pianiste-claveciniste et improvisateur, je me suis vite senti à l’aise avec la jeunesse cultivée de Prishtina ; je me suis fondu dans la masse lors de ses jam sessions et de longues nuits dans ses cafés enfumés ; les milieux culturels, politiques et journalistiques s’interpénétraient dans cette petite capitale et les rencontres furent si passionnantes, aussi n’ai-je jamais vraiment quitté ce pays depuis. Ces amitiés et des projets politiques et culturels m’ont mené par la suite vers l’Albanie, la Slovénie, la Croatie, et les autres pays des balkans, constituant par ailleurs la circonscription où Pierre-Yves fut élu et commença à voyager à son tour. D’aucuns auraient pu dire avec provocation que nous reprenions le chemin de la Yougoslavie à l’envers ; mais qu’importe, en final, les frontières ne sont-elles pas que l’apanage des esprits étriqués ? Pierre-Yves et moi avons alors croisé nos regards sur le monde albanophone et celui des slaves du sud de l’Europe lors de ses visites de fonction et nos interactions de travail régulières avec les diplomates français. Nous y avons rencontré des français passionnés par les peuples qui font le Kosovo, qu’ils soient Albanais ou issus des dites ‘minorités ethniques’, toutes symbolisées par des étoiles de même taille étincelant du même jaune sur le drapeau kosovar. Le symbole est fort car les gens travaillent au vivre ensemble depuis longtemps, héritage de siècles vécus au carrefour des civilisations ; les dissensions ethniques passées nourrissent encore de mauvaises causes certes. Mais le trait est grossi et les faux problèmes devraient enfin s’effacer du devant de la scène, et ce n’est pas qu’un vœu pieux. Renvoyer dos à dos serbes et albanais n’apporte plus rien de constructif aux débats, la jeunesse en est lasse et ne devrait plus être exposée à de tels modes de pensée. Aussi, ce sujet n’a pas retenu notre attention pour le message que nous avons voulu transmettre ici. Ce qui nous intéresse bien plus, c’est l’avenir de cette terre disputée, à la croisée des mondes ; comment la jeunesse de maintenant saura capitaliser sur le lourd passé du chant des Merles ; comment l’aide internationale saura la mettre sur le bon chemin, le plus adroitement possible nous l’espérons; comment faire coexister la statue du héros national albanais Gjorgj Kastriot Skenderbeu avec le symbole NEW BORN trônant entre le palais de la jeunesse ou Pallati i Rinisë et les locaux de la MINUK, sous forme de lettres capitales géantes récemment repeintes aux couleurs des drapeaux du monde ; comment la jeunesse saura-t-elle se construire de nouveaux symboles et laisser au passé certaines légendes telles des feux éteins, sans renier qu’ils aient pu autrefois réchauffer leurs aïeux, mais qui aujourd’hui paralysent le progrès et cultivent des haines devant à tout prix devenir désuètes.

Au Kosovo, les problèmes sociétaux sont identiques à ceux que nous traversons en Europe de l’Ouest, mais combien plus exacerbés: inégalités, discrimination, corruption, montée des populismes, mais surtout un chômage des jeunes réduisant à néant toute perspective d’avenir, une « véritable bombe sociale », comme s’exprimait en ces termes le 1er ministre belge Elio Di Rupo lors du congrès du Parti Socialiste Européen à Bruxelles le 28 octobre 2012, à propos du chômage des jeunes en Europe.

Etre jeune à Prishtina, c’est avoir de l’espoir devant l’inespéré, et une combativité teintée de doutes et de résignation parfois. Pour mieux appréhender le Kosovo d’aujourd’hui, il faut se résoudre à faire la même démarche que celle que nous avons faite en notre temps : le vivre soi-même. Nous vous donnons rendez-vous dans les cafés de Prishtina, venez y faire connaissance avec nos amis, avec les jeunes qui sont en train de façonner leur pays. Pour éveiller votre curiosité, nous allons prêter nos deux voix pour dresser le portrait d’une jeune femme imaginaire que nous appellerons Drita – prénom signifiant ‘la lumière’ en albanais – et de quelques de ses amis. Leurs pensées, leurs doutes et leurs rêves feront écho en vous quand vous les aurez enfin rencontrés à Prishtina…

Drita vient de fêter ses 33 ans. Son existence passée est déjà chargée, faite de trop de réalités crues datant de l’avant-guerre et de l’année 1999, qui l’ont contrainte à une maturité trop vite acquise dans sa jeune adolescence ; il y a eu l’exil d’un temps quand il a fallu fuir, elle n’a jamais perdu le souvenir de son grand-père battu à mort par des extrémistes Serbes quand ils ont voulu  l’expulser de son domicile autour de Mitrovica. Tout cela est déjà loin mais les aversions pavloviennes de son vécu d’enfance sont trop bien ancrées dans sa mémoire. De telles horreurs, chacun en a le poids dans sa famille ou dans son entourage. Mais on n’en parle plus, on essaie de passer outre. L’été dernier comme chaque année, le silence fut pesant pour elle quand quelques courts-métrages du festival Dokufest à Prizren, le petit « Cannes des Balkans », levaient le voile sur ce passé douloureux faits d’exils, de guerre et de crimes, de vies marquées par la séparation. Les larmes coulaient encore comme coulèrent les gouttes de sang en d’autres temps. Le devoir de mémoire n’est pas fini en 2014, autant que la Shoah peut toujours hanter les mémoires de la communauté juive. Drita avait ambitionné d’étudier à l’étranger et la France lui avait autrefois ouvert ses portes pour faire des études universitaires de musique classique. Elle en était revenue une pianiste accomplie il y a quelques années. La perspective des 200 euros mensuels, quand la paie arrivait en temps voulu, ne l’a pas échaudé. Elle voulait être là, dans son pays natal, créer et transmettre aux siens, et enseigner à l’université de Prishtina pour ceux qui voudraient faire éventuellement mieux qu’elle. En revenant à dessein, elle était consciente que partir librement en week-end ou en vacances signifierait les plages polluées et bondées d’Ulqin (Ulčinj) au Monténégro, ou la Turquie tout au mieux, voire l’Albanie, si proche parente et sauvage étrangère à la fois. Les plus chanceux, qui disposent d’un passeport macédonien ou albanais bénéficient de la libéralisation des visas, que n’offre pas encore le passeport kosovar, les conditions n’étant pas encore réunies, malgré les promesses venant itérativement de ci ou de là en période pré-électorale.

Mais pour Drita, il y a quand même quelque chose de fascinant à Prishtina. Une sorte d’élan, fait de l’énergie et de l’insouciance des pays après-guerre, cette sensation du ‘tout est possible’, cyniquement originaire de la prise de conscience collective de la fragilité de l’existence et du caractère potentiellement éphémère du bonheur. Drita est parfois tentée de dresser un parallèle avec la situation d’autrefois des parents de ses anciennes collègues coréennes ou japonaises du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, eux-aussi victimes en leur temps de conflits armés avec des jeux d’alliance complexes qui lui échappent un peu. Elle garde via de tels exemples l’espoir d’un mieux-vivre quand elle pense aux pays high-tech contés par ses amies. Drita essaye de devenir quelqu’un à Prishtina et ses projets artistiques se développent lentement mais surement, tout en sachant pertinemment que des limites se dresseront parce qu’elle a choisi d’être là. Elle se réjouit toujours quand, trop peu souvent, l’un de ses amis exilés pour études revient në kosovë (‘au Kosovo’) pour apporter sa pierre à l’édifice ou quand une nouvelle tête, un étranger par exemple, peut venir quelque peu rompre la routine faite de trop de cafés macchiato à vider les uns après les autres.

Faute de voyager elle-même librement, le monde vient ainsi à sa rencontre sur sa terre, qui évoque encore en Europe de l’Ouest autant de faux stéréotypes de violence et d’insécurité que la Suisse peut évoquer les vaches, les marmottes et le chocolat. Lors de détours professionnels à Prishtina, les travailleurs internationaux apprennent que la réalité est sensiblement différente: le pays est calme, la jeunesse Prishtinali est dynamique et sociable et l’on passe de belles soirées dans les nouveaux cafés branchés de la capitale ; ils pourront toujours repartir vers d’autres horizons, leur passeport européen ou américain en main, appelés à une autre fonction, quand il sera temps ou que d’autres inconvénients de la vie locale commenceront à dominer leur quotidien. Drita, sans son visa Schengen, est bloquée. Elle est cycliquement condamnée à faire ses demandes pour essayer de décrocher auprès de telle ou telle ambassade un financement et un visa pour l’un de ses projets culturels, afin de lui permettre de caresser un jour ou deux le rêve new yorkais, berlinois ou de redevenir parisienne l’espace d’un instant.

Mais elle ne rêve pas de vivre ailleurs; rien de paradoxal, elle n’envie pas l’herbe verte et grasse des pays voisins, elle voudrait juste la voir dans ses rues à Prishtina. Drita est globalement préservée d’une extrême précarité car elle vit avec sa famille, elle-même soutenue par une partie des leurs vivant en Suisse et en Allemagne ; de plus, les musiciens talentueux sont parfois à Prishtina comme les fous du roi à la cour, indispensables à une soirée réussie…aussi les occasions ne manquent pas de décrocher quelques maigres contrats avec les évènements protocolaires variés fréquemment organisés. Après avoir démontrer ses talents artistiques lors de l’une ou l’autre de ces mondanités, Drita rêve un peu entre deux coupes de champagne bien méritées. En rentrant elle pourra toujours pester contre les coupures d’eau ou d’électricité; certes leur fréquence s’est bien réduite mais il faut parfois encore composer avec nombre d’inconforts du quotidien auxquels ses amies françaises Valérie et Julie n’avaient jamais pensé avant de venir lui rendre visite pour les plus aventureuses d’entre elles.

Qu’en est-il de la vie privée de Drita? Un entre-deux cultures, entre-deux époques aussi, le grand écart permanent. Elle aspire à l’émancipation comme Valérie et Julie, à l’égalité des droits homme-femme. Elle voudrait pouvoir enfin avoir son studio à elle, mais ses revenus ne lui permettent pas de quitter le domicile parental. Ses attentes se sont progressivement réduites après quelques échecs professionnels difficiles à dépasser sans protection sociale adéquate. Semblablement s’étiolent peu à peu ses espoirs secrets de filer le parfait amour avec un étranger, un hypothétique galant homme qui saurait retrouver chez elle la modernité du monde dont il serait issu mais qui se plongerait assidument dans la culture albanaise, et pourrait se faire idéalement ‘adopter’ par la famille. Elle préférerait ainsi mener sa petite vie de jeune couple d’aujourd’hui, s’engager lentement ou pas du tout, se laisser vivre, voyager, se sentir libre. Mais ses velléités de modernité ne s’accordent parfois pas aux incompréhensions de ses parents ne pas avoir déjà marié leur fille au garçon d’une bonne famille locale. Drita est tristement consciente de cette pression qui pèse sur elle de fonder une famille et d’être une bonne épouse ensuite. Elle vit tout de même des rêves d’enfantement assez prégnants, sans vouloir faire un bébé toute seule pour autant, car le sens de la famille est trop sacré ici pour ne pas faire les choses ‘comme il faut’ ; mieux vaut éviter l’opprobre de la communauté. Mais au fond, ce serait possible si elle le voulait vraiment, en se battant un peu contre les siens ; après tout les esprits ont déjà beaucoup évolué en quelques années et finalement, au Kosovo, on a toujours su faire preuve d’adaptation devant l’adversité et des influences reçues bon gré mal gré, tant orientales qu’occidentales et méditerranéennes. Pas évident de vivre au carrefour de civilisations influentes. Ni de naviguer entre un mode de vie citadin qui s’homogénéise un peu partout dans le monde et qu’on dit ‘occidental’, et une époque obéissant aux règles traditionnelles d’une société patriarcale qui n’appartiendra bientôt plus qu’au souvenir. Un modèle clanique jadis régi par des règles écrites, un Kanun aux règles intransigeantes et par la valeur de la parole donnée, la Besa. Dernièrement, ses amis à l’origine du seul magazine branché du pays, Kosovo 2.0, avaient tenté de parler de sexe et d’homosexualité en toute dignité, avec gravité et humour à la fois, mais en brisant des tabous. Ils n’avaient réussi qu’à s’attirer les agressions verbales et physiques de quelques fondamentalistes islamistes, phénomène tristement nouveau dans le Kosovo contemporain. Elle se rappelait encore que son grand-père fut un cheikh bektashi, l’islam soufi hérité des Ottomans, elle ne comprenait pas comment certains avaient pu ainsi dériver de leurs racines. Elle se sentait musulmane, mais jamais chez elle on n’avait parlé de haine ou de rejet de l’autre, ni vraiment considéré la femme comme être inférieur. L’amour et la solidarité en famille et entre voisins primaient autrefois. Le mal-être et le devoir de mémoire mal achevé après la guerre, avaient certainement avoir avec ces nouvelles intolérances. Ainsi, dans les malaises de son temps y avait-il à la fois la confrontation entre hier et aujourd’hui mais aussi la disparition de belles valeurs d’antan et la précarité d’un présent propice à la montée de nouveaux extrêmes. Un étrange mélange bien difficile à démêler.

Drita rejoint souvent son ami Dardan au charmant café-librairie Ditë e Natë, ‘Jour et Nuit’. Jeunes gens locaux et internationaux s’y côtoient allègrement lors de manifestations culturelles et musicales ou simplement pour passer un moment à lire, discuter, polémiquer et prendre un verre. Dardan est passionné de politique, tout en ne trouvant pas le parti qui lui corresponde vraiment, faute que cet idéal existe, probablement. Il a bien essayé de s’engager mais revient déçu à chaque fois. Drita est plus sceptique et distante mais elle vote à chaque fois qu’elle le doit et suit l’actualité sans s’y mêler de trop près néanmoins. Dardan est convaincu de la nécessité d’une alternance, d’un renouveau dans la classe politique actuelle; mais la situation n’est pas propice aux révolutions, le paradigme ambiant étant plus celui du changement en douceur et du maintien de la stabilité aux portes de l’Europe, si fragile soit-elle parfois. Tous deux sont las de la loi des dominations et affrontements claniques pour le pouvoir. L’ampleur du fossé générationnel en politique leur donne le vertige. Chaque parti politique a ses héros de guerre respectif, ses faits d’armes et ses bastions régionaux. Drita, Dardan et leurs amis, jeunes urbains trentenaires, ne peuvent plus souffrir le nationalisme aveugle et l’utilisation à outrance des symboles tels l’aigle bicéphale, shqiponja, et les couleurs de l’Albanie, le rouge et le noir, kuq et zi. Ils entendent être fiers de ce qui sera, non de ce qui a été ou pourrait être fantasmé sur l’histoire. Sans vouloir non plus être dépossédé d’une fierté légitime à l’auto-détermination, droit inconditionnel de tout citoyen selon la déclaration des Droits de l’Homme, ils ne veulent plus d’amalgames entre valeurs d’égalité, de partage et le sentiment national. Ils connaissent les tragédies passées initiées par de telles confusions. La nuance est parfois si faible, les raccourcis tentants même avec de bonnes intentions de  vouloir réformer le système. Droite ou gauche, là n’est pas leur souci actuel, le bipolarisme n’est peut être pas d’actualité, tellement distordu par une histoire particulière dans leur cas. Le mot socialisme fait encore peur au Kosovo, évoquant tantôt la dictature enveriste en Albanie, tantôt les amers souvenirs de la Yougoslavie titiste, où tout n’était pas si facile que les yougonostalgiques voudraient le faire croire, pas en étant né albanais au Kosovo en tout cas. La Yougoslavie, l’union des Slaves du Sud (Jug en serbo-croate et en albanais) n’était pas si rose que ce qu’elle est encore dans certains esprits rêveurs.

Drita, contrairement à Dardan qui s’est plus radicalisé dernièrement à ce sujet, n’est pas encore complètement désabusée sur la présence de la communauté internationale car elle en comprend l’importance pour le futur économique et géopolitique du Kosovo et pour le développement d’un état de droit exemplaire. Mais elle se demande combien de temps faudra-t-il encore pour que l’indépendance soit un réel acquis et leur pays reconnu unanimement par le monde entier. Elle vient d’apprendre que la FIFA autorisera bientôt son équipe nationale à disputer des matchs amicaux internationaux, sans hymne toutefois ni de  possibilités de rencontres avec les équipes issues des pays ex-yougoslaves. La nouvelle officielle avait circulé aussi vite que les rumeurs dans ce centre-ville trop petit pour y avoir une vraie intimité hors de chez soi. Ses frères se sont réjouis plus qu’elle car le foot, ce n’est pas sa tasse de thé, et la nouvelle est à demi-réjouissante, comme toujours. Drita, Dardan et leurs amis voudraient plus et plus vite alors qu’ils s’apprêtent à fêter six années d’indépendance le 17 février 2014 et déjà 15 ans après-guerre. La jeunesse éclairée du Kosovo veut qu’on la laisse murir et devenir fière d’elle-même. Elle aimerait que les leurs n’aient pas seulement à ressasser le prestige de leurs origines ethniques lointaines issues des peuples illyriens ou à compter le nombre de VIP originaires du Kosovo pour se légitimer. Drita et ses amis rêvent ensemble de montrer au reste du monde ce qu’ils peuvent apporter dans cette culture mondialisée et parfois trop uniformisée: la preuve de la mixité des cultures aux portes de l’Europe, le témoignage d’un pays dynamique, jeune et prospère où il fait bon vivre ensemble.

Biographies:

Joachim Forget exerce les professions de médecin radiologue et chercheur en psychologie cognitive au centre hospitalier universitaire de Lausanne, Suisse. Il a effectué des études à l’Ecole Normale Supérieure de Paris et fut sélectionné par le cursus de l’école de l’INSERM. Expert de la région des balkans occidentaux et locuteur de l’albanais, du dialecte albanais du Kosovo du serbo-croate et du slovène, il exerce des activités de conseil auprès de plusieurs diplomates et parlementaires français, notamment dans les domaines géopolitiques, culturels et économiques. Parallèlement, Joachim Forget conserve une activité d’interprète concertiste au clavecin et au piano. Il est également membre actif du club XXIème siècle, réunissant ses membres autour d’actions en faveur de la valorisation de la diversité française.

Pierre-Yves Le Borgn’, né le 4 novembre 1964 à Quimper (Finistère) est un juriste international et homme politique français membre du Parti socialiste français et du Parti socialiste européen. Pierre-Yves Le Borgn’ est le fils d’un couple d’instituteurs d’Ergué-Gabéric. Il a obtenu une licence en droit à Nantes et le diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris avant de poursuivre ses études au Collège d’Europe à Bruges. Il travaille ensuite aux États-Unis, au Luxembourg, en Belgique et en Allemagne dans l’industrie des énergies renouvelables au sein d’une société de fabrication de panneaux solaires. Il est élu député représentant les Français de l’étranger en juin 2012 pour la septième circonscription.

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Collection Enquêtes : Les voies royales du Club XXI – Emission France Culture

J’ai eu la chance de m’exprimer longuement avec mes amis du club XXIème siècle sur les difficultés et progrès à faire pour les représentants de la diversité en France. Une forme de discrimination positive semble encore nécessaire paradoxalement, pour faire mieux accepter le vivre-ensemble. Mais ses représentants doivent aussi faire un effort de représenter non seulement l’excellence de leurs réseaux, mais avant tout une excellence intellectuelle et culturelle. Le reportage a été réalisé en marge des entretiens de l’excellence, où nous contribuons plusieurs fois par année bénévolement pour aider les jeunes collégiens et lycéens dans leur orientation future en leur donnant quelques clés de compréhension des voies dans lesquelles ils rêvent ou rêveraient de s’engager.

Un excellent reportage de Claire Pouly-Borgeaud à réécouter au lien suivant. (dans la même série sur les cercles d’influence: le cercle de l’union interalliée, le women’s forum)

http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-collection-enquetes-les-voies-royales-du-club-xxi-2015-02-04

The conscious body: an interdisciplinary dialogue.

 

Paris 8 5-7 October 2012, University Paris VIII

Cognitive neuroscientists and dance makers share perspectives on conscious perception and self awareness

 

The irrational body: Philippe Ramette’s installations and cognitive neuroscience (Oral presentation)

Joachim Forget and Sebastian Dieguez


It has long been known that our perception of verticality is highly constrained by gravity. Recent studies have also highlighted the role of an internal model of gravity, resulting from the multisensory integration of somatosensory, vestibular and visual signals, for our sense of self-location, a key component of bodily self-consciousness. Further, gravity, visual perspective and body orientation in space have been shown to influence the perception of static and moving objects, including human bodies. Here we draw parallels between this body of knowledge and the work of French plastician Philippe Ramette. His series “Expérimentations irrationnelles” vividly and playfully illustrate visuo-vestibular conflicts by using elaborate and ambiguous displays of his own body in impossible situations, a technique he calls “visual quiproquo”. We propose that his work uncovers the links between basic perceptual processes underlying bodily self-consciousness and affective experiences of the uncanny involving on the one hand humor and irony, and on the other hand anxiety and fear. We develop this idea by presenting selected works of Ramette, linking them to recent work in cognitive neuroscience and discussions conducted with the artist.

Balcon 2

Philippe Ramette
Balcon 2 (Hong-Kong), 2001
Photographie couleur
150 x 120 cm
Édition de 5 + 3 EA
© Marc Domage
Courtesy Galerie Xippas

 

 

Video of my conference available here:   Replay it!

 

esprit du Iai – Iai spirit

Concert de clavecin solo par Joachim Forget & exposition de peinture acrylique d’Olivier Morel LE PEINTRE ARCHER

Galerie Red Zone, lundi 22 avril 2013, 19h à 20h, Rue des Bains 40, 1205 Genève

Joachim Forget, Clavecin Ruckers, Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel

Esprit du Iai hier et aujourd’hui

Le Iai Jutsu, l’art de dégainer le sabre dans l’art martial japonais, faisait partie de l’éducation classique du samurai. Le Iai vu comme une voie de recherche pour l’élévation spirituelle ou Iai Do, peut être le travail d’une vie pour produire le geste parfait. L’intention se projette dans l’action au-delà de la cible ; le geste est unique comme un instantané, pensé et réalisé d’un trait, la trajectoire du katana est fixée dès que le mouvement est amorcé, pur et irréparable à la fois. L’esprit du Iai est identique à celui du Kyu Jutsu, l’art du tir à l’arc japonais, que pratiquent les archers à cheval du Yabusame chers à l’œuvre d’Olivier Morel, et dont le rituel persiste dans le Japon moderne. Ce qui semble être de prime abord un artefact anachronique demeurerait-il un enseignement riche d’intérêt aujourd’hui?

Oeuvres d’Olivier Morel, avec l’aimable autorisation de la Galerie Red Zone

Dans l’histoire japonaise, les barrières entre domaines devaient s’effacer car ces guerriers devaient maîtriser plusieurs arts à la fois : équitation dans des conditions extrêmes et précision ultime à l’art réunis, attention de tous les instants…mais aussi une éducation intellectuelle et artistique attestant d’un grand raffinement: calligraphie, littérature, musique… Pendant les lumières européennes ou déjà pendant le grand siècle, un gentilhomme pratiquait également des arts aussi divers que l’escrime, l’équitation, la danse ou la pratique de la musique baroque. Une vision globalisée de l’homme réunissant ses pôles apparemment opposés.

Les arts européens peuvent aussi être pratiqués en transposant les mêmes principes universels de non dualité, de complétude de l’individu multi-expert, et de recherche du geste ultime selon l’esprit du Iai. Tous s’y prêtent pourvu qu’on veuille y faire vivre les mêmes principes d’universalité. Joachim Forget pratique ainsi l’Art de Toucher le Clavecin, comme l’appelait le maître François Couperin, en l’enrichissant de principes et techniques d’art martial du Japon médiéval ou de la Chine Millénaire : posture, intention, concepts zen ou encore taoïstes. Ce que nous offre le présent, c’est la richesse d’unifier le meilleur des sagesses d’hier et des horizons éloignés en apparence. En musique ou sur une toile, l’esprit du Iai peut survivre à son temps révolu. Instruments d’hier ou techniques d’aujourd’hui, les mêmes principes vivent. La nature est une est indivisible, comme l’artiste et son œuvre, l’homme et son environnement. L’homme créateur imite la nature. Quand le regard est porté sur tout et sur rien à la fois, l’horizon s’ouvre et la cible devient transparente, car le regard juste est celui qui porté sur la montagne lointaine : Enzan no Metsuke.

Oeuvres d’Olivier Morel, avec l’aimable autorisation de la Galerie Red Zone

 Programme du concert:.

L’exécution des pièces sera intercalée de prises de parole courtes de l’interprète pour suggérer des liens entre des pratiques issues des arts d’extrême-orient et la pratique de la musique classique au clavier.

L’art de Toucher le Clavecin, François Couperin

1er prélude en ut majeur

2ème prélude en ré mineur

3ème prélude en sol mineur

7ème prélude en si bémol majeur

Les Baricades mistérieuses, 2ème livre, 6ème ordre, François Couperin

Sarabande de la 4ème suite en Ré mineur de Georg Friedrich Haendel, HWV 437

Concerto en ré mineur BWV 974, Alessandro Marcello, transcription par Johan Sebastian Bach

L’égyptienne, nouvelles suites de pièces de clavecin, suite en sol, Jean-Philippe Rameau

Lascia Chio Pianga, extrait de l’Opéra Rinaldo, Georg Friedrich Haendel

 

 

ENGLISH VERSION

Harpsichord solo concert & exhibition of acrylic paintings by Olivier Morel

THE PAINTER « ARROWMANN »

Red Zone Art Gallery, Monday April 22th 2013, 7 to 8 pm, 40 rue des Bains, 1205 Geneva 

Iai spirit, yesterday and now

Iai Jutsu, the art of drawing the sword in the Japanese martial art, was part of the classical education of the samurai. Considered as a way to search for spiritual elevation or Iai Do, it may be the work of a lifetime to reach the perfect gesture. The intention is projected into the action beyond the target, the gesture is unique as a snapshot, thought and drawn as a line, as the trajectory of the katana is defined as soon as the movement is initiated, pure and irreparable also. The spirit of Iai is identical to Kyu Jutsu, the art of Japanese archery bow practiced by the archers of Yabusame seized by the artist Olivier Morel, whose ritual still continues confidentially in modern Japan. What seems like an anachronistic artefact might remain a rich teaching interest today?

In Japanese history, the barriers between fields had to be dismissed as the Warriors had to master many arts at once: riding in extreme conditions and ultimate precision archery at the same time, divided spatial attention… but also an intellectual and artistic education of refined achievement including calligraphy, literature and music. During the European enlightenment or already during the 17th century, a gentleman had also to practice arts as diverse as fencing, riding, dance or instrumental practice of Baroque music. A globalized vision of the humanity bringing his seemingly opposite poles.

European arts can also be performed by transposing the same universal principles of non-dualism, completeness of the multi-expert individuals and research of the ultimate gesture in the spirit of Iai. It is valid for all kind of arts if there is the intention to make them live through those principles of universality. Joachim Forget practices the Art of Touching the Harpsichord, as nicknamed by the master François Couperin, enriched by the principles and techniques of Asian martial arts: posture, intention, or even Zen and Taoist concepts. What our time gives us is the unique opportunity to unify the best philosophies of yesterday and seemingly distant horizons. In music or painting, the spirit of Iai can survive its bygone era. Instruments of yesterday or today techniques, the same principles are alive. Nature is one and indivisible, as the artist and his creation, the man and his environment. The inventor imitates nature. When we gaze at everything and nothing at the same time, the horizon opens and the target becomes transparent, because the good eye focuses on the distant mountain, what Japanese call Enzan no Metsuke.

 Program of the concert

The performance will be interspersed by short speeches by the interpreter to suggest links between asian arts and philosophies and practice of classical music on keyboards.

The Art of Touching the Harpsichord, François Couperin

First prelude in C major

Second prelude in D minor

Third prelude in G minor

7th Prelude in B flat major

The Mysterious Barricades, second book, 6th order, François Couperin

Sarabande from 4th suite in D minor, Georg Friedrich Handel, HWV 437

Concerto in D minor BWV 974, Alessandro Marcello, transcription by Johan Sebastian Bach

The Egyptian, new suites of harpsichord pieces, Jean-Philippe Rameau

Lascia Chio Pianga, from the opera Rinaldo, Georg Friedrich Handel

The audience @Red Zone Art Gallery
Joachim Forget and Olivier Morel
Post-concert… explanations to the audience about harpsichords