Des claviers pour panser les plaies syriennes

Article écrit par Sylvie Bonnier, Le Temps, 14 février 2017

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Le pianiste Alexandre Tharaud et le claveciniste Joachim Son ont croisé leurs instruments pour un concert de bienfaisance. Un beau partage musical.

Avec qui ont-ils rendez-vous, les trop rares spectateurs venus au Victoria Hall samedi soir. Les tourments syriens? Les Variations Goldberg? Bach? Alexandre Tharaud? La rencontre avec le clavecin de Joachim Son et ses compositeurs d’élection? Tout cela, à l’évidence, tant la soirée se révèle vibrante malgré une salle clairsemée par les vacances.

Les contrôles de sécurité rappellent d’entrée l’enjeu du concert: soutenir un peuple ravagé par la guerre. Il s’agit de récolter des fonds pour l’UOSSM (Union des organisations de secours et soins médicaux-Suisse) qui assure à la population syrienne un accès permanent aux soins en œuvrant sans relâche sur le terrain depuis plus de 5 ans. La recette de la soirée se destine aussi à l’association Le Pelikan, qui apporte de son côté une aide humanitaire aux populations persécutées ayant dû fuir leur pays d’origine en conflit.

Dans la salle, l’émotion est palpable. Le silence et l’attention du public offrent aux deux musiciens un écrin d’écoute magnifique. Il faut dire que les partitions choisies ont de quoi toucher l’audience. Deux solitudes sont à l’œuvre. D’abord, celle de Joachim Son devant son clavecin rouge. Une petite voix, délicate et murmurante dans un lieu trop vaste. Comme une prière, un appel, dans la profondeur de la nuit. Sous ses doigts agiles, les échos raffinés de pièces de Gérard Pesson, Couperin, Froberger et Rameau frissonnent en gerbe mélancolique. Un rempart de douceur contre la brutalité.

Puis Alexandre Tharaud s’installe au clavier du Yamaha de concert prêté pour l’occasion. A son programme, les immenses Variations Goldberg de Bach. Cette autre voix, posée sur du velours, déploie une arche musicale majestueuse. Protectrice, accueillante, bienveillante et enrobée d’une pédale adoucissante, l’interprétation n’a rien de sec, de dur, d’articulé ou de minéral. Le pianiste imprime à ce monument de la littérature pour clavier une poésie, un lyrisme et une fluidité de lignes magnifiques. Avec un sens aiguisé des résonances harmoniques, tissées comme un choral de voix intérieures. Celles de l’affection.

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